la Garde des Dragons Noirs

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 Les tribulations d'Héliodore

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Heliodore
Francisque-à-Brèles
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Date d'inscription : 17/01/2010

MessageSujet: Les tribulations d'Héliodore   Dim 24 Avr 2011 - 14:20

Héliodore contemplait le paysage qui s'étendait autour d'elle. Une vaste plaine en légère pente, avec quelques collines à l'horizon. Une petite rivière coulait à sa gauche. Le soleil avait dépassé le zénith dans le ciel limpide au dessus d'elle. Que faisait elle là ? Comment était elle arrivée en ce lieu ? Elle n'en avait aucun souvenirs. Une légère brise s'était levée, faisant s'agiter doucement les hautes herbes. La température de l'air était digne d'une fin de printemps en Comté. L'endroit semblait désert.

Décidant que ce n'était pas en restant plantée là qu'elle découvrirait la raison de sa présence en ce lieu, elle rassembla les affaires qui se trouvaient autours d'elle, témoins muets de sont arrêt temporaire. Elle resta interdite quand, ramassant un bol de forme ovale, elle en regarda l'intérieur. Il était percé de plusieurs trous, et une forme en relief se détachait de la surface concave de l'objet. Un masque ! Héliodore regardait l'intérieur d'un masque. Poussée par la curiosité, elle le retourna pour regarder ce qu'il représentait et le lâcha aussitôt, comme s'il lui avait brûlé les doigts. Il tomba avec un bruit mat dans l'herbe, la face cette fois bien visible. Passée sa surprise, la petite hobbite le reprit et commença a en détailler la décoration avec appréhension. Ce qu'elle tenait en mains était la copie souriante en bois de son propre visage, dans les moindres détails. Un frisson la parcourut. Elle regarda partout autour d'elle cherchant le mauvais plaisantin qui avait déposé cet objet incongru auprès d'elle pendant qu'elle se reposait. Personne. Et aucun endroit où se cacher de visible. Mue par une étrange intuition, elle porta le masque à son visage. Il s'adaptait parfaitement. Elle le retira vivement. Quelle en était la signification ? De plus en plus mal à l'aise, elle se dirigea vers la rivière. Elle avait besoin de se rafraichir.

Juste avant de l'atteindre, elle remarqua une autre forme dans l'herbe. Elle hésita avant de ramasser ce qui semblait être un autre masque renversé. Sa peur grandit encore en constatant qu'elle détenait a présent une version triste de son visage. Hormis leur expression, les deux masques étaient en tout points identiques. Héliodore courut vers la rive, il lui fallait absolument boire quelque chose. Elle plongea sans hésiter la tête dans le faible courant, et but goulument. Sa soif étanchée, elle sortit la tête de l'eau et attendit, anxieuse, que la surface liquide se calme suffisamment pour la refléter le plus fidèlement possible. L'image qui finit par se former devant ses yeux porta son angoisse à son paroxysme. Le Hobbit qui lui retournait son regard dans l'onde à peine troublée n'avait pas de visage. Aucun traits. Seulement des puits noirs à la place des yeux et de la bouche. Elle poussa un hurlement en se relevant, essayant d'échapper à cette vision d'horreur.

Hurlement qui déchira la nuit jusqu'alors paisible. Héliodore se réveilla en sueur et la gorge en feu. Après quelques instants d'hébétude, la mémoire lui revint. Elle s'était arrêté pour bivouaquer et avait agrémenté son repas des quelques champignons séchés qu'elle avait retrouvés par hasard au fond de son sac. Elle porta les mains à son visage, éprouvant la souplesse de la peau encore humide, et essaya de se voir dans la lame de sa dague, à la faible lumière du feu de camp en train de s'éteindre. Ce n'était qu'un cauchemar ! Mais d'une intensité qu'elle n'avait jamais éprouvé. Elle saisit sa gourde pour calmer la soif qui la tenaillait toujours et attendit impatiemment l'aube, craignant de s'endormir à nouveau.

Plusieurs heures après son départ, les seules traces de son passage étaient les cendres d'un feu et, dans l'herbe un peu à l'écart, un bol de forme ovale oublié semble t-il dans la précipitation.
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Heliodore
Francisque-à-Brèles
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MessageSujet: Re: Les tribulations d'Héliodore   Sam 25 Fév 2012 - 12:54

- Enfin ! C'est terminé.

Posant sa plume sur le lutrin, regardant l'encre humide luire doucement à la lumière de la lampe posée à côtés d'elle, Héliodore massait sa main douloureuse d'avoir tant écrit depuis... Combien de temps déjà ? Elle ne se le rappelait pas. Légèrement inquiète mais surtout courbaturée elle se leva péniblement, se dirigeant vers la fenêtre où les premiers signes de l'aube s’annonçaient.

Grimaçant à la vue du paysage sortant de l'ombre de la nuit, la petite Hobbite dû reconnaître qu'elle avait passé beaucoup trop de temps enfermé à travailler sur cette étrange ballade elfique. Étrange mais si belle une fois reconstituée par Fanyrwen qui l'avait exhumée des bibliothèques de Fondcombe. C'est son amie érudite qui avait trouvé le lien unissant tous les textes et remis en forme la ballade d'une longueur incroyable ! Elle avait même trouvé des bribes d'une partition musicale qui semblait y être liée. Mais pas assez pour avoir quelque chose de cohérent. Et c'est après avoir lut en entier le chant qu'Héliodore avait eut l'envie folle de ressusciter à partie instrumentale. Fanyrwen avait été un peu inquiète devant l’ampleur du projet mais s'était inclinée face à l'enthousiasme de son amie ménestrel.

Tournant le dos à la lumière du soleil qui entrait maintenant à flot dans la chambre, Héliodore la parcouru des yeux. Divers instruments étaient posés ça et là, témoins muets, de sont dur labeur. La table, rajouté au centre, couverte des partitions qu'elle avait écrites sur ce chant qui l'avait tant obsédé durant des jours. Le lutrin installé à une des extrémités de la table, et la lampe posée à côté qui lui permettait de continuer son travail jusque tard dans la nuit. Enfin le lit, à peine défait, repoussé dans le coin.

Un léger sourire vint éclairer son visage fatigué à la vue du lit qu'elle n'avait pas souvent utilisé. Elle se réveillait la plupart du temps couchée sur la table ou affalée sur sa chaise, une couverture posée sur ses épaules ou tombée à ses pieds. La lampe à chaque fois éteinte, bien qu'encore pleine. Il y avait également toujours de quoi manger sur la petite table, près de la porte d'entrée, quand son estomac lui rappelait violemment qu'il ne se nourrissait pas de musique, lui. Dans son entêtement, elle avait à peine remarqué les soins discrets de son amie Elfe. Il faudrait l'en remercier, mais le résultat devrait être à la hauteur de sa peine.

Passant devant un miroir posé au sol. L'état déplorable de la créature amaigrit qui retourna le regard d'Héliodore aurait fait ricaner un Gobelin. Et cette forte odeur, chatouillant ses narines, devait sans aucun doute avoir un rapport direct avec cette caricature de semi-homme. Jamais la petite ménestrel ne s'était aller de la sorte ! Rouge de honte, elle se rua dans la salle de bain toute proche et entreprit, à toute force, de retrouver la Hobbite qu'elle savait caché sous cette apparence repoussante.

Cela lui prit un moment avant que l'eau ne reste limpide de ses ablutions. Lorsqu'elle pénétra a nouveau dans la chambre, se brossant les cheveux et flottant un peu dans ses habits propres, on avait aérée et des herbes aromatiques se consumaient dans une soucoupe sur la table. Une ravissante Elfe se tenait debout à côté du lutrin, attendant patiemment la fin de la combustion des herbes. Elle tourna la tête et posa des yeux azurs sur la nouvelle arrivante.

- Fanyrwen ! Cela fait longtemps que tu attends ? Assieds-toi donc, tu ne fais pas tant de manières d'habitudes ! Et merci pour la fenêtre et les herbes.
Un sourire aux lèvres, l'interpellée prit place gracieusement sur la chaise qu'elle tourna face au lit sur lequel Héliodore sauta en riant.
- Cela fait plaisir de te voir ainsi, mon amie. Je commençais à me faire du soucis. Tu semblais complètement ailleurs. Tu mangeais à peine, pour un Hobbit. Une lueur douloureuse traversa le regard de l'érudite. Je passais plusieurs fois par jour mais tu n'étais pas consciente de ma présence. Et tu dormais trop souvent hors de ton lit. La gourmanda t-elle.
- Hum, oui. Je te remercie énormément pour tes soins. Je ne pensais pas être à ce point obnubilée par cette ballade et sa musique perdue, reconnût piteusement Héliodore. Mais je pense avoir réussi, dit-elle fièrement.
- Ah ? Je peux voir ? demanda Fanyrwen, maintenant curieuse.
- Je peux même te jouer un bout du thème principal. La ménestrel saisit son luth et commença à jouer. Tu verras que j'ai repris les bribes des morceaux de ce que l'on a trouvés ensemble, et je pense ne pas être loin de l'original.

La musique emplit la pièce, pour le grand plaisir de son unique auditrice.


Quand Héliodore reposa son instrument, elle vit beaucoup d'émotion dans les yeux de son amie. Elle ne pensait pas être arrivée à faire ressortir toute la puissance du texte dans sa musique. Surtout avec seulement un instrument. Elle avait été parcouru de frissons pendant l'exécution, mais sa sensibilisé de Hobbit ménestrel était elle la même que celle de l'Elfe qui avait créé, il y a fort longtemps, cet œuvre.

- C'était magnifique ! Comment as-tu fais ? La voix de Fanyrwen tremblait légèrement.
- Je me suis inspirée de ce j'ai entendu en Lothlórien, avoua Héliodore. Il faut dire aussi que, d'après ce que je sais, la musique elfique n'a pas beaucoup innové depuis très longtemps.
- Oui, je suis bien obligé de le reconnaître, dit l'intéressé pensive. Et tu as écrit sur toute la longueur de la ballade ?
- J'ai essayé de respecter vos harmonies et enchaînements courants, en y ajoutant quelques petites choses de mon crue, ajouta malicieusement la petite Hobbite. J'espère que l'ensemble sera homogène et plaira à tout le monde.
- Tu comptes la jouer devant un public ? Fanyrwen semblait sidérée.
- Je ne vois pas pourquoi j'y aurais passé autant de temps, si c'est pour la laisser dans l'oubli. Et qui mieux que les résidents de Fondcombe pour juger du résultat ? Elle ne se sentait plus aussi sûre d'elle néanmoins quand elle remua dans le lit.
- Je vais voir ce que je peux faire, dit lentement l'érudite. Par ces temps troublés, un peu de musique devrait être bien reçu. Même si c'est un Hobbit qui fait de la musique Elfe, pouffa t-elle.
- J'en serait honorée, répondit la ménestrel, debout sur le lit, en s'inclinant a la fois par respect mais également pour contenir l'hilarité qui montait en elle. Et les deux amies éclatèrent de rire ensemble lorsque leur regard se rencontra, toute la tension accumulée voulant à tout prix s'évacuer.
- Il va falloir... trouver... des musiciens et des... chanteurs pour compléter... l'accompagnement ! hoqueta Héliodore en reprenant sont souffle.
- On devrait pouvoir... facilement en trouver, rétorqua Fanyrwen en essuyant ses larmes. Et il faudra que vous répétiez un peu ensemble avant je pense.
- Ils ne devraient pas y avoir de problèmes s'ils connaissent leurs « classiques », assura la petite Hobbite. Mais avant, j'ai quelques repas « Hobbit » à rattraper ! Elle sauta du lit et courût vers la porte, sous les gloussements de son amie qui lui emboîta le pas.


Plusieurs jours plus tard, avec l'accord d'Elrond, un orchestre un peu atypique se réunit dans la grande salle de la Dernière Maison Simple de Fondcombe. Le mystère de la programmation avait fait venir une foule curieuse qui prenait place lentement.

- As-tu finalement trouvé d'autres informations sur elle ? demanda Héliodore, nerveuse, à Fanyrwen avant de commencer.
- Non. Je n'ai rien trouvé de nouveau. L'Elfe semblait désolée. Je me demande si j'ai bien déchiffré son nom. Le seul document où il figurait était très abîmé. Il va falloir que j'aille fouiller les autres bibliothèques de l'Eriador, voire aller jusqu'en Lothlórien. Ce dernier lieu monta également d'un cran la tension en elle.
- Pour retrouver qui pouvait bien être cette Paërwen ? Elle a bénéficié d'une ballade exceptionnellement longue, mais a t-elle réellement existé ? La ménestrel restait dubitative. On va essayer de la jouer telle qu'elle aurait pu être composée. J'espère seulement qu'ils vont l'apprécier. L'attente la mettait au supplice.
- Même si elle devait durer toute la nuit, je pense qu'ils l’apprécieront autant que moi pendant les répétitions, l'assura Fanyrwen avec conviction.

Tout le monde étaient fin prêt, et attendait le signal de son plus petit interprète, en taille.


La ballade fut chaleureusement applaudie quand elle s'acheva, très tard, par tous les spectateurs. Enfin ceux qui ne s'étaient pas endormis, bercés par la musique et les chants.
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Heliodore
Francisque-à-Brèles
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MessageSujet: Re: Les tribulations d'Héliodore   Jeu 19 Juil 2012 - 20:46

Héliodore ouvrit les yeux sur un ciel bleu parsemé de nuages. Certains avaient des formes un peu étranges. Elle reconnu plusieurs animaux, une grenouille et une tête de poney par exemple. Elle crut voir également des visages. Un elfe gracieux ici. Là, un nain un peu ingrat. Et ne serait-ce pas un hobbit joufflu ce dernier ? Ce petit jeu aurait pu l'occuper un moment mais quelque chose la troublait. Elle regardait le ciel, couchée dans l'herbe, dans un silence assourdissant. Immobile, elle semblait être déconnectée de son propre corps.

Elle tenta néanmoins de se redresser mais une violente douleur la transperça de part en part. Un liquide au goût prononcé de fer se répandit lentement dans sa bouche. Elle cracha par terre le sang provenant de sa langue qu'elle venait de mordre. Elle la bougea prudemment dans sa bouche pour déterminer s'il lui en restait encore un morceau. La vie serait bien triste si elle perdait une partie du goût pour se l'être tranchée. Elle trouva la zone meurtrie, et fut soulagée de constater que sa langue semblait encore entière, malgré son fort engourdissement. Le sang se tarissait déjà. Elle reporta alors son attention sur la douleur qui l'avait foudroyée, lors de son premier mouvement, et qui continuait à la lancer. Son regard tomba sur une pointe de flèche qui lui sortait du flanc. Elle était encore attachée à une hampe noire marbrée de rouge carmin à la base. Elle ne comprenait pas ce que cette chose faisait, fichée selon un angle curieux, dans son corps. Mais c'était indubitablement elle qui la faisait atrocement souffrir. Choquée, la ménestrel essaya de se lever, mais elle s’aperçut qu'elle avait la jambe coincée sous le cadavre de sa monture. Monture qui avait été mortellement atteinte également par des flèches, et avait entraîné dans sa chute sa cavalière. Héliodore parvint difficilement à se dégager et se mettre debout, le trait la mettant au supplice à chacun de ses mouvements. Il fallait qu'elle le retire impérativement. Elle chercha dans son dos l'autre extrémité de la hampe - celle avec les plumes - mais elle ne la trouva pas. Elle avait dû se briser en deux au moment de la chute de la petite hobbit. Sans réfléchir, elle pris à deux mains la partie qui dépassait encore et tira de toute ses forces. Le hurlement qu'elle poussa alors aurait pu s'entendre de GrandCave à Lezeau. Elle ne l'entendit pas : les oreilles toujours insensibles à tous stimulus extérieurs. Terrassée par son geste elle s'effondra, laissant tomber la flèche ensanglantée au sol. Une tache sombre auréolant sa tunique trouée.

Combien de temps resta t-elle assise, le dos appuyé contre sa monture, haletante et sans forces ? Elle ne s'en rendit pas compte, mais une ombre vint bientôt lui masquer le soleil, l'incitant à rouvrir les yeux et lever la tête. Le spectacle qui s'offrit à elle fut le plus déplaisant qu'elle eut à contempler ainsi. Le visage hideux d'un orc se tenait près d'elle. Au sourire répugnant avec ces quelques dents rescapés plantés de travers. Et au regard malveillant semblant calculer la quantité de viande qu'il pourrait obtenir de l'animal qu'il menait à abattoir. Sans compter l'odeur nauséabonde qu'il dégageait, preuve que l'eau n'était pas un élément qu'il avait l'habitude de côtoyer. Une terreur froide s'empara de la ménestrel en s’apercevant qu'il n'était pas le seul à la regarder. Toute une troupe de gobelins formaient un demi cercle derrière lui criants et gesticulants. Elle n'entendait toujours rien mais n'avait aucun mal à deviner ce qu'ils disaient. Elle chercha, à tâtons, une arme à proximité. Sa main se referma sur la garde de sa dague, tombée près d'elle. Elle se mis péniblement debout, prenant appui sur son défunt poney et pointa maladroitement son arme sur son adversaire qui avait reculé de quelques pas. Elle avait la désagréable sensation que tout son flanc était poisseux. L'orc la regardait tranquillement se relever, conscient de la faiblesse de sa proie, et du pouvoir qu'il avait sur elle. Le public, remuant derrière lui, continuait de pousser ses muettes clameurs. Comprenant que son tortionnaire allait faire durer son supplice, Héliodore, les jambes un peu tremblantes, raffermit sa prise sur la dague et commença vraiment à l'en menacer. Elle ne voulait pas se laisser abattre, comme un vulgaire cochon, sans se défendre de toute la force qui lui restait encore. Le prix de la livre de viande de hobbit venait subitement d'augmenter au marcher. Il allait y laisser les quelques doigts qui lui restaient. Elle sentait qu'elle ne pourrait pas tenir très longtemps, il fallait le forcer à attaquer rapidement. Le hurlement qu'elle poussa cette fois fut de défit. L'orc visiblement ravi par ce revirement de situation, commença lentement à armer son bras pour asséner son premier coups.

L'adrénaline parcourait tout son corps. Son dernier combat était arrivé. Face à l'Ouargue Blanc, en Forêt noire, elle s'était préparée et était indemne au début du combat. Elle avait alors une chance et sut la saisir pour le vaincre. Là, déjà gravement blessée et face à toute une meute, elle avait compris qu'elle n'en n'avait aucune. Que la seule issue serait probablement la mort pour elle. Et elle l'avait acceptée. Elle avait chassé sa peur. Pour la première fois son esprits était limpide. Elle ne lui permettrait pas de la torturer avant de l'achever. Il devait la tuer avant qu'elle ne soit trop faible. Et elle allait tout faire pour arriver à ses fins. Elle provoquait l'orc encore, et encore, sentant sa colère se communiquer à son adversaire et ses forces décliner. Il était de plus en plus excité, le bras toujours en l'air, visiblement de moins en moins enclin à la réflexion. L'ouïe revenant, elle percevais de mieux en mieux ses cris de rage et la rumeur du public déchaîné. Au moment où, à bout de patience, il allait enfin la frapper, la ménestrel le vit soudainement décoller dans les airs, empalé au bout d'une longue lance. Les gobelins furent également bousculés comme des quilles avant d'avoir pu réagir. Ni la ménestrel, ni son bourreau et son public n'avaient prêtés attention aux vibrations croissantes dans le sol et au roulement de tonnerre se rapprochant. Ils étaient provoqués par les cavaliers Rohirim lancés au grand galop qui venaient de sauver, de justesse, la vie d'Héliodore. Elle tomba à terre et sombra dans l’inconscience, son organisme ne pouvant plus supporter la tension qu'il subissait.


Quand elle repris connaissance, peu après l'aube, elle se trouvait près d'un feu, non loin d'un cours d'eau, une lourde couverture la recouvrant. Elle sentit l'odeur de chevaux tout proches. Et entendit les conversations de personnes autour d'elle. La voyant s'agiter, un cavalier s'approcha d'elle et mis un genou à terre pour se mettre à sa hauteur.
« Doucement ! Vous avez été gravement blessée, et avez perdu pas mal de sang. Mais vous devriez vous en remettre, si vous ne forcez pas trop. »
Repoussant la couverture humide de transpiration, Héliodore essaya de regarder sous le bandage lui ceinturant la taille l'état de sa blessure.
« N'y touchez pas ! Laissez ce cataplasme antiseptique agir sur la plaie encore une journée au moins. Après vous aurez tout le loisir de contempler votre nouvelle cicatrice quand vous le changerez », la maugréa t-il.
Héliodore songea que son corps devait encore porter les stigmates visibles de ces précédentes mésaventures. En quelques mois, elle avait payé chèrement sa décision de quitter la Comté.
« Je vous ai causé bien du soucis. Elle sourit faiblement.
- Nous avons dû faire halte ici hier pour stopper le saignement de votre blessure. Heureusement que vous étiez encore inconsciente à ce moment là. » Il fit la grimasse. « Nous vous avons fait un premier cataplasme. Puis vous avez été prise d'une forte fièvre et avez commencé à délirer. Nous avons réussit à vous alimenter un peu entre les crises, afin que vous ne vous affaiblissiez plus que vous ne l'étiez. Quand, soudainement vous vous êtes calmée dans la nuit, nous avons craint de vous avoir perdue. Mais vous aviez surmonté l'épreuve et étiez hors de danger. Vous avez maintenant besoin de reprendre rapidement vos forces. » Il lui sourit bizarrement. « La totalité de vos biens se trouvent ici, enfin presque. » Il lui désigna tout son paquetage posé à côté, mais évidement nulle trace de celui qui le transportait initialement. « Nous nous sommes permis d'utiliser une partie de votre matériel et de vos vivres, ainsi que des notre, pour préparer le reconstituant que vous manger depuis hier. Ce matériel est vraiment de très bonne facture, nous n'en avons d'équivalent. » Le Rohirim était admiratif. « Ce qui reste est maintenu au chaud, là, à côté. » Il montra la marmite hobbite posée de l'autre côté du feu, d'où s'échappait un fumet inconnu de la ménestrel. Mais son estomac, lui, ne s'y trompa pas et se mit à réclamer furieusement.
« Vous avez pris le risque d'attirer des patrouilles de la main blanche des environs en campant ici », rétorqua t-elle, cachant à grand peine son envie de goûter ce qui sollicitait activement son odorat.
« N'ayez crainte, nous sommes resté en alerte en permanence. La patrouille qui se trouvait à proximité d'où vous étiez devait être la seule dans le secteur, vue son importance. Nous l'avons balayée au même moment que nous vous portions secours. Ils étaient certes deux fois plus nombreux que nous, mais ils ne s'attendaient pas ce qu'on leur tombe dessus à bras raccourcis. Pensant que vous étiez seule ils vous on abattu et se préparaient à vous achever tranquillement.
- Je n'en ai pourtant pas vue beaucoup de ma position. Et comment alors les avez vous balayés s'ils étaient deux fois plus nombreux ? » demanda incrédule Héliodore. Cette fois le cavalier sourit franchement.
« Le petit groupe avec vous était sûrement des éclaireurs. Ils devaient avertir le gros de leurs troupes qui se trouvaient un peu plus bas sur la lande, à un endroit où nous devions passer. Si nous étions arrivés à l'improviste, alors que notre vigilance s'était relâchée, nous aurions eu beaucoup plus de pertes avant de pouvoir les repousser. Or vos cris nous avaient mis en alerte et, une fois sur vous, nous avons fondu impitoyablement sur le reste de leurs forces qui accouraient. Rien ne peut arrêter les Cavaliers du Rohan sur le pied de guerre, lancés au grand galop ! Vous avez sauvé nombre d'entre nous en agissant ainsi.
- Seulement je n'avais aucune idée que vous vous trouviez dans les environs. C'était plus pour les inciter à en finir rapidement que je criais. J'étais résignée à mourir, mais pas sans me battre », dit sombrement la ménestrel.
« Cela nous a permis de vous localiser et de vous tirer du mauvais pas dans lequel vous étiez », répliqua chaleureusement le cavalier.
« Et il va falloir dorénavant que je fasse attention où mettre les pieds ! Maintenant que ma monture sert de repas aux corbeaux et autres charognards ! » La petite hobbit louchait de plus en plus sur son bien. Justement, l'heure du repas pour elle était encore loin ?
« Malheureusement, dans ces territoires, vous aurez besoin d'une monture qui soit capable de bien plus que vous porter sur sont dos.
- Bien plus ? Que voulez-vous dire ? » Héliodore se mis en station assise en grimaçant, avec l'aide du Rohirim, et se fit donner la marmite. Elle en sortit la cuillère de bois qui s'y trouvait, et commença à manger goulûment, sous le regard bienveillant de son interlocuteur.
« Il vous faut une monture entraînée au combat, capable de vous épauler lorsque vous combattrez les orcs et autre engeances sur son dos. Seule une monture Rohirim en est capable ! » Il avait la voix qui tremblait de ferveur.
« Hum ! Mais vos montures chont trop grande pour un hobbit ! » Elle se régalait. « Qu'avez vous mis là dedans ? Ch'est délichieux ! » Le cavalier se mit à rire aux éclats.
« Décidément vous êtes vraiment un peuple étonnant ! Je doutais, il y a peu encore, de votre capacité à vous remettre rapidement de votre blessure, et voilà qu'un simple ragoût semble vous ressusciter complètement !
- Détrompez-vous, je suis encore très faible et souffre le martyr. Mais manger est ce qui nous différencie des morts, et on a tout intérêt à continuer d'exercer cette activité pour prouver que l'on est en vie, et le rester le plus longtemps possible. » Héliodore agitait la cuillère de bois en direction du cavalier. « Mais cela ne résout pas la question, » ajouta t-elle après une nouvelle bouchée.
« Je tacherai de garder cette pensée en mémoire, » acquiesça t-il. « Il se trouve que, par chance, nous avons justement avec nous une monture qui devrait convenir à votre taille.
- Comment cela ? » La ménestrel était tout à coups intriguée.
« Nous utilisons une race particulière de poney pour la formation et l'entraînement de nos jeunes, afin de les familiariser très tôt au combat à cheval, » dit-il. « Ils sont robustes, doux avec leur cavalier, mais impitoyable au combat. Même face à un adversaire plus grand qu'eux. A l'âge adulte nous utilisons des chevaux, mieux adaptés à notre taille. Mais ils n'ont pas le tempérament explosif des petits. » On sentait une pointe de regret dans sa voix. « Nous ramenons justement un de ces poney à Aldbourg. Son précédent cavalier est maintenant trop grand pour le monter, et nous n'avons actuellement plus d'autres jeunes à former. » Il se leva et émit un long sifflement, auquel répondit un hérissement suivit par le roulement de tonnerre de sabots s'abattant sur la lande. « Pas besoin de les attacher, ils sont très intelligents, répondent à leur nom et suivent les ordres simples. Il se nome Ghibli, » annonça t-il fièrement en désignant l'animal qui avait accouru, et s'était arrêté pile devant lui.
« Ghibli ? » Répéta la petite hobbit. Il tourna la tête vers elle et elle sentit le poids de son regard, les oreilles toujours en mouvement. Elle porta son attention sur le lourd harnachement dont était équipé le poney. Comment pouvait il galoper dans ces conditions. Elle remarqua une tache rouge sur son encolure.
« Il a été blessé pendant le combat ? » Elle était impressionnée que, malgré sa taille, il avait participé à l'affrontement.
« Non, ce n'est pas son sang, mais le votre ! » Il avait le visage grave. « Après vous avoir sauvée, nous vous avions attachée sur son dos pour nous éloigner rapidement de la zone du combat. Il nous a prévenu lorsque vous avez commencé à tomber. Heureusement, car nous n'avions sur le moment mesuré la gravité de votre blessure. » Il fit une pause avant d'ajouter malicieusement à l'oreille d'Héliodore : « Et il semble s'être attaché à vous. Il est resté à proximité pendant tout le temps que nous vous soignions et vous a veillé pendant votre fièvre. » Le poney hennit doucement et hocha la tête comme pour confirmer les dires du cavalier.
« Ah ! Je ne sais quoi répondre. Je ne peux accepter un tel cadeau. » La ménestrel était très gênée.
« Dites vous que c'est le destin. Acceptez, vous ne le regretterez pas », plaisanta t-il.
« Mais il ne va pas vous manquer ? » s’inquiéta t-elle.
« N'ayez crainte, nous avons d'important cheptels. Et il y a peu de naissance en ce moment, nous ne pouvons tous les employer. » Il se remit à sa hauteur et la regarda un instant dans les yeux. « Bon ! Vous avez meilleur mine que tout à l'heure. Vous sentez-vous capable de monter ? Nous devons nous remettre en route sans tarder et nous souhaiterions votre compagnie, si vous acceptez.
- Il m'est difficile de refuser une telle proposition. Je pense que je devrais pouvoir tenir en selle. Si Ghibli ne me secoue pas trop bien sûr ! » Elle fit quelques mouvements qui lui firent serrer les dents. Feignant la vexation, l'équidé frappa le sol du sabot et détourna la tête,
« Houlà ! Va falloir que je fasse attention. Il a vraiment l'air de comprendre tout ce que je dis ! » Le Rohirim éclata de rire.
« Je sens que vous allez bien vous entendre. Prenez votre temps pour vous préparer. Nous partons juste après. » Il s'éloigna prévenir le reste de la troupe du prochain départ, laissant seule Héliodore avec sa nouvelle monture.
« Un poney de guerre, hein ? Je n'imaginais pas, en quittant la Comté, que je devrais en monter un un jour. » Après avoir terminé son repas elle se mit prudemment debout. Les jambes en coton, comme un tison incandescent planté dans le flanc et de légers vertiges, elle se dirigea à petits pas vers ses affaires, accompagnée par un Ghibli vigilent.
« Finalement tu n'es pas si susceptible, » gloussa t-elle ramassant avec une grimace son sac de vivres. « Voyons ce qu'il nous reste là, » dit-elle fouillant le sac. « Tu préfères quoi ? » Elle lui présenta successivement un peu d'avoine, une carotte et une pomme. Il croqua la pomme, visiblement ravis, après avoir refusé de la tête les deux premiers présents. « Une pomme de la Comté ! Tu as des goûts de luxe ma parole ! » Elle lui flatta l'encolure et commença péniblement à se préparer au départ.

Les Rohirims l'aidèrent à terminer ses préparatifs et à monter sur le dos de Ghibli. Et bientôt ils partirent. Le voyage promettait d'être rude pour Héliodore, mais elle se rendit rapidement compte que le pas léger de Ghibli ne la meurtrissait pas et elle se détendit. Le ciel ne comportait aucun nuages, la journée s'annonçait magnifique.
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Heliodore
Francisque-à-Brèles
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MessageSujet: Re: Les tribulations d'Héliodore   Mer 21 Nov 2012 - 12:45

« Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas joué à « Cherche Marcot » ! » Héliodore sourit en regardant les longs épis de maïs qui bordaient son chemin. Elle se remémora sont enfance où, au début de la période des moissons, le père Marcot organisait un gigantesque jeu de cache-cache pour les enfants. Dans un de ses champs, de maïs le plus souvent, il créait un labyrinthe et se plaçait en son centre. Il fallait alors le retrouver avant la fin de la journée que durait l’événement. Pendant ses préparatifs on pouvait voir se déplacer sa grande échelle, mais si l'on était pris à fouiner plus près avant que le jeu ne commence, on risquait de se voir sévèrement réprimandé et interdit de participation. Elle n'avait gagné qu'une seule fois. Elle ne s'était pas aperçue qu'elle avait atteint le centre du labyrinthe et aurait poursuivit son chemin sans le voir, à peine dissimulé derrière un épouvantail, s'il n'avait pas éternué à ce moment là. Elle avait été très fière ce jour là en sortant du champ, trônant sur les épaules d' Ed Marcot.
« Ce lieu ressemble énormément à l'un de ses champs, soupira-t-elle. J'aimerai bien avoir de ses nouvelles. Dès que j'ai commencé sérieusement mon apprentissage de ménestrel, je n'ai plus eu le temps de participer à tous ces jeux. Je devais rester avec les musiciens et les chanteurs pour divertir les autres. La contrepartie était que je pouvais me coucher bien plus tard, et que je pouvais entendre des choses que je n'aurais pas dû. » Elle gloussa en se remémorant les « secrets » que ses jeunes oreilles avaient captés à cette époque.

Elle arriva à un large embranchement. Deux possibilités : gauche ou droite. Un épouvantail semblait monter la garde, indiquant de ses bras décharnés les deux directions. En équilibre sur sa tête, un corbeau donnait des coups de bec dans le vieux chapeau qui la recouvrait. Il poussa un cri en s'envolant, visiblement mécontent d'être dérangé dans son travail de dégradation de bien agricole. Elle le perdit de vue rapidement et reporta sont attention sur son problème présent : quel chemin emprunter ? A gauche ou à droite ? Ou alors revenir sur ses pas ? Elle se retourna et constata avec stupeur que celui qui l'avait mené ici avait complètement disparu. Rien dans le mur végétal qu'elle avait devant elle témoignait qu'il y en avait eu un l'instant d'avant. Perplexe, elle refit face à l'épouvantail et chercha aux alentours un indice qui pourrait l'aider. Rien. A part la branche tombée au sol qui aurait dû se trouver dans la main droite du mannequin. Elle était en plein doute. Comme d'habitude, quand elle avait à prendre une décision importante, elle se trouvait dans le même état d'esprit. Mais jusque là jamais pour une question aussi arbitraire que la direction à prendre ! Droite ou gauche ? Un croassement la fit sursauter. Un corbeau se tenait à nouveau là où se trouvait le premier. Était-ce le même ? Elle ne pouvait l'attester. Il s'était posé sans bruit et la regardait d'un œil torve.
« Tu ne me diras pas quel chemin prendre pour sortir d'ici, hein ? » Lança Héliodore au noir volatile. Il ne lui répondit pas et remit crânement quelques plumes de son aile en place. Comment faisait-il pour ne pas tomber ? Il avait à peine la place de se tenir sur son perchoir improvisé. « Il faut que je trouve le moyen de savoir quelle est la bonne direction car, si le chemin se referme derrière moi encore une fois, je n'aurais aucun moyen de faire demi-tour si je me suis trompée », se dit-elle avec amertume. Elle explora une nouvelle fois son environnement à la recherche de quelque chose qui la mettrait sur la bonne voie, sous l'air goguenard du charognard. Elle ne s’éloignât pas trop de l'épouvantail de peur qu'il ne disparaisse, mais ne s'en approchât pas plus que nécessaire, pour ne pas risquer de prendre un coups de bec de celui qui avait finalement décidé qu'il n'en bougerait pas d'une plume. Elle ne fut pas beaucoup plus avancée. La position du soleil lui était invisible. Il n'y avait aucun souffle de vent. Les épis de maïs étaient trop haut pour voir au-dessus, plantés tellement serrés qu'on pouvait difficilement se frayer un passage ou voir au travers, et bien trop souples pour les escalader. Enfin pas une seule trace du passage d'un quelconque animal terrestre dans les parages de décelable. Non il lui fallait choisir. Ses seuls indices étaient le mannequin et une grande plume noire qu'elle n'avait curieusement pas vue, lors de son premier examen, au milieu du chemin qui partait à sa droite. Elle avait également ramassé de l'autre côté la branche symbolisant l'arc de l'épouvantail. Quelle conclusion en tirer ? Indifférent au trouble d'Héliodore, le corbeau avait réussi à trouer la toile de la tête et menaçait dangereusement l'équilibre précaire de son perchoir en fouillant ainsi la paille mise à jour. Elle regarda fasciné son travail et se représenta, l'espace d'un instant, un champ de bataille à la fin des combats : quand il ne reste de vivant que les charognards. Elle fut saisit d'un haut le cœur et détourna le regard. Sentant qu'il allait tomber, le volatile poussant un cri, réussit d'un bond à se jucher sur un des bras de l'épouvantail qui, après un craquement, s'affaissa légèrement sous ce poids inhabituel. Une fois son équilibre rétablit, il reprit son œuvre macabre.

De plus en plus mal à l'aise, la ménestrel devait prendre une décision. Sa situation, la présence de cet oiseau de malheur et son activité présente lui mettait les nerfs à vif. Elle se servit de la branche pour le chasser. Il n'apprécia pas du tout le traitement et le fit vertement oralement savoir en s'envolant. Elle le perdit à nouveau de vue à cause de la hauteur de la végétation mais continua de l'entendre exprimer sa colère quelques temps. Essayant tant bien que mal de remettre la paille en place, elle n'arrivait toujours pas à trancher. Un lourd pressentiment lui fit relever la tête au moment où une flèche noire fondait droit sur elle du ciel. Elle eut à peine le temps de se jeter de côté avant que le bolide ne la manque d'un cheveu et ne reparte aussi furieux vers l'azur. « Il est vraiment en colère. Cela ne va pas me faciliter la tache s'il revient me harceler. » Elle s'épousseta en se relevant, et le chercha vainement des yeux. Elle retourna à son urgent problème : gauche ou droite, droite ou gauche ? C'était insoluble rationnellement. Un concert de croassements l'avertit cette fois de l'imminence de l'attaque, et par toute une escadrille de surcroît. Elle en compta une dizaine qui se regroupaient, s’apprêtant à l'assaillir. Armée de sa seule branche, elle ne pouvait leur faire face et devait donc fuir. Mais il fallait attendre le dernier moment pour partir à toutes jambes dans une direction, et profiter de la confusion pour mettre le maximum de distance entre elle et eux. En espérant qu'ils l'oublie en chemin. Au niveau de l'épouvantail au milieux du chemin, observant le ciel elle se prépara. « Ils arrivent ! Ne pas bouger ! Pas encore... Pas encore...Pas...

- Bon alors ! Vous vous décidez ? On ne va pas y passer la journée ! Vous prenez la bride de gauche ou celle de droite ? » Le bourrelier était au comble de l’exaspération. Héliodore cligna des yeux, semblant sortir d'un rêve, et regarda l’artisan furibond avec étonnement.
« Heu... Je vais prendre celle de droite, je crois, dit-elle, hésitante.
- Vous en êtes vraiment sûre ?  Il la foudroyait du regard.
- Oui, je prend celle-là ! » Elle y mit toute l'assurance qu'elle était capable en cet instant.
« A la bonne heure ! » Visiblement soulagé, il lui remit l'article qu'elle avait finalement choisi. Elle le paya et sortit rapidement de l'échoppe avant qu'il ne puisse ajouter autre chose. Dehors, elle présenta la bride à la tête de sa monture et fit la grimasse. « J'aurai dû prendre l'autre. Les cuirs de celle-ci sont trop larges. Cela ne va pas avec le reste du harnachement ! Si j'y retourne maintenant, de quoi aurais-je l'air ? » Un gouffre d'indécision s'ouvrait à nouveau peu à peu sous ses pieds. Un croassement la fit sursauter. Là, sur le faîtage du toit de l'artisan, un groupe de corbeaux était posé et semblait l'observer d'un air moqueur.
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Heliodore
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MessageSujet: Re: Les tribulations d'Héliodore   Dim 6 Jan 2013 - 11:08

Héliodore se trouvait attablée dans la salle des banquets de Faldham. L'atmosphère était lourde. Les orcs menaient depuis plusieurs jours des attaques répétées sur les fermes aux alentours, qui éprouvaient la population et mettaient en rage la garnison en poste. Lors de son arrivée, dans l'après-midi, elle avait appris qu'un assaut avait été organisé un peu plus tôt par les cavaliers Rohirrims et les fermiers excédés contre le camp principal orc, non loin de là. On attendait leur retour avec espoirs et craintes. Quand ils rentrèrent, la déception fut grande à l'annonce de l'échec de l'attaque. Les orcs avaient tenu bon dans leur retranchement, causant de nombreux blessés dans les rangs Rohirrims, et quelques morts. Les assaillants avaient dû battre en retraite, leurs efforts vains.
Elle avait aidé bien sûr aux soins à leur retour, ne ménageant pas sa peine. Elle avait été remerciée chaleureusement et conviée au repas qui avait été préparé ensuite. Mais une chape de plomb était rapidement tombée sur les convives qui mangeaient maintenant en silence. Elle se demandait ce qu'elle pouvait faire de plus pour apaiser leur souffrance. Sa main se porta machinalement à la broche en forme de rapace, qu'elle avait fait monter en pendentif, la gardant constamment sur elle à même la peau.
Tu devrais l'utiliser, c'est le moment idéal. Une pointe de chaleur accompagna la suggestion. Héliodore regarda son paquetage, posé à côté d'elle, et plus précisément l'objet volumineux qui était soigneusement emballé dans une grande toile huileuse. Elle fit de la place sur sa table pour y poser l'imposant paquet qu'elle ouvrit. Il lui avait remis par un aigle quelques jours auparavant. Elle avait eu à peine le temps de le remercier avant qu'il ne la laisse, au milieu de nulle part, avec cet étrange colis. Et elle avait eu le souffle coupé en découvrant ce qu'il contenait. Un théorbe magnifique s'était dévoilé devant ses yeux émerveillés. Il était de conception elfe, cela ne faisait aucun doute. De nombreuses décorations florales et animales avaient été sculptées dans le bois, l'habillant de manière élégante et raffinée. Une lettre accompagnait l'instrument. Elle l'avait ouverte avidement pour en connaître sont contenu.

Chère Héliodore,

ma cousine Alathil m'a fait de vous un portait élogieux. Ménestrel moi-même j'aimerais beaucoup vous rencontrer afin que nous puissions partager nos connaissances. Veuillez accepter ce modeste présent en gage de notre future amitié. Il vous sera je pense très utile dans votre noble tâche.
Bien à vous.

Lanthael.


Lanthael ? La cousine d'Alathil ? Héliodore connaissait la particularité du sceau utilisé par la chasseuse. Il représentait une trace de patte d'animal, et dans cette trace se cachait une tête de loup. Mais elle était minuscule et il fallait savoir qu'elle s'y trouvait. Perplexe, elle avait examiné de plus près les ornementations du théorbe. Et elle avait déniché, cachée dans un motif, non loin de la signature du luthier, cette tête de loup si particulière. Sa joie avait été grande à ce moment là de se découvrir une nouvelle amie avec un tel talent. Mais l'appel d'un cor au loin avait interrompu ses investigations et elle avait remis l’œuvre d'art dans sa toile protectrice, la zone étant inhospitalière le moment n'était pas propice. Jusqu'à ce soir.
L'instrument sur les genoux, elle vérifia l'accord des différentes cordes. Il était parfait, preuve de la grande maîtrise de celle qui l'avait fabriqué, et avait dû en jouer, avant de le lui faire parvenir. Quelques regards curieux suivirent ses préparatifs. Mais l'atmosphère était toujours pesante. La petite hobbit s’interrogea sur la justesse de ce qu'elle s'apprêtait à faire. On ne lui avait pas demandé d'exercer son art ce soir, cela pouvait être perçu comme extrêmement grossier de sa part. Encore une fois sa main se porta à son pendentif qui lui répondit par l'affirmative. Bon ! Allons-y ! Elle monta hardiment sur la table et commença à chanter une chanson festive hobbit sous les yeux médusés de l'assistance. Elle continua par une chanson à boire naine, puis une ballade elfe et enfin une chanson de la fête des moissons de la région de Bree. Elle mettait tout son courage dans ses interprétations, mais peu dans le public réagissaient favorablement à sa performance. Quelque chose n'allait pas, leur cœur était trop fermé, trop lourd pour se laisser entraîner par sa musique et ses chants. La ménestrel chercha comment faire pour les atteindre, leur redonner le sourire. Et ce fut une évidence. Comment avait elle fait pour oublier cela ? Ce soir-là « Elle » le lui avait pourtant clairement dit. Au beau milieu d'un couplet d'une chanson paillarde naine, elle changea de registre et débuta un chant à la gloire des seigneurs disparu Dúnedains. Elle rechercha au plus profond d'elle-même le souvenir de sa défunte cousine et s'y abandonna totalement. Un frisson la parcourut du haut du corps jusque aux orteils, suivit par une vague de chaleur.
Un curieux phénomène put alors être observé. Une onde invisible, ayant pour origine la ménestrel, semblait frapper les spectateurs au fur et a mesure de sa progression dans la salle ses banquets. Ils levaient la tête et regardaient dans sa direction, étonnés de voir ce petit bout de femme chanter avec tant de ferveur. Ils semblaient sortir de la torpeur dans laquelle ils étaient prisonniers. Ils se regardaient les uns les autres et l'on pouvait lire sur leur visage la même émotion. Plusieurs étaient en pleurs. Héliodore sentit qu'elle était arrivée à ses fins, elle avait réussi à les atteindre, et leur faire exprimer leur douleur. Il lui fallait maintenant les apaiser. Elle poursuivit par une ballade de la Lothlórien et y adjoignit tout l'amour que son cœur contenait. Une nouvelle bouffée de chaleur la traversa et on sentit dans la salle encore une fois que quelque chose se propageait. L'atmosphère se réchauffait sensiblement, les convives répondaient maintenant à ses sollicitations. Timidement, elle en vit quelques-uns sortir des instruments et essayer maladroitement de l'accompagner. Elle passa alors sur une gigue de Standgarde et se fut comme une explosion. Elle faillit perdre l'équilibre sous la vague qui fondit sur elle d'un seul coup. Galvanisée, elle repartit de plus belle, ivre de cette sensation qu'elle n'avait plus connu depuis longtemps. La température monta encore d'un cran. La charge émotionnelle que le public lui envoyait, elle la leur retournait décuplée. Le théorbe sous ses doigts lui donnait l'impression d'être vivant, que son âme vibrait à l'unisson. Certains sons qu'il produisait ne pouvaient pas être du seul fruit de ses pincements de cordes. Le bois avait pris une teinte légèrement plus sombre, faisant ressortir nettement les magnifiques ornementations. Cette pulsation, comme un cœur qui bat la chamade, la ménestrel la redécouvrait avec bonheur et délice et ne cherchait pas à la calmer.

Les habitants et cavaliers présents de Faldham, abattus au début de la soirée, avaient repris espoir et courage grâce à son audace. Follement heureuse d'être arrivée à ses fins et d'avoir retrouvé par la même occasion la flamme qui l'animait à ses début, elle ne fit pas attention à la porte de la salle des banquets qui s'ouvrit et à la personne qui en franchit le seuil.
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Heliodore
Francisque-à-Brèles
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MessageSujet: Re: Les tribulations d'Héliodore   Mer 20 Fév 2013 - 9:52

A la fin de la chanson, tout le monde fit une ovation à Héliodore. L'espoir avait rejailli dans le cœur des gens présents dans la salle des banquets, leur douleur apaisée. Quelque peu gênée par la force de leur témoignage mais soulagée d'avoir pu leur être utile, elle descendit de la table et alla ranger son précieux théorbe, laissant à d'autres le soin de continuer à divertir l'assistance. L'atmosphère était maintenant détendue. Elle remarqua alors qu'un homme assis à une table non loin de l'entrée lui faisait signe. Elle s'approcha et reconnu Thineb qui lui souriait largement. Son cœur fit un bond dans sa poitrine et elle se hâta de le rejoindre. Les retrouvailles furent chaleureuses.
Après avoir commandé de quoi se restaurer pour deux, dont un hobbit, ils entreprirent de se raconter ce qui leur était arrivé mutuellement depuis leur dernière rencontre. Quand le capitaine lui fit remarquer qu'elle avait énormément changé, et voulut savoir ce qui était advenu de cette tristesse qu'elle essayait de cacher avant, elle répondit mystérieusement qu'on l'avait aidé à se retrouver. Elle porta machinalement la main sur Fëamaika, broche en forme de rapace et cadeau de Dame Galadriel, qu'elle avait fait monter en pendentif après cette fameuse nuit catharsistique. Ce n'était pas son véritable nom mais celui qu'elle avait choisi de lui donner lors de son passage chez le bijoutier. Il haussa alors les sourcils mais ne poussa pas plus loin son investigation. Héliodore sentait que son ami voulait lui dire quelque chose mais ne savait pas comment le lui annoncer. Prise d'une soudaine inspiration elle demanda subitement : « Et comment va Alathil ? La dernière fois que je t'ai vu en sa compagnie, tu m'as semblé très... Comment dire... Intéressé ? » Elle gloussa de sa remarque en voyant le fard qu'il prit, mais son expression changea et il répondit d'une voix atone.
- Je ne sais pas, elle est partie.
- Partie ? Comment ça ? Héliodore tombait des nues.
- Elle a quitté les Dragons. C'est arrivé brutalement, je ne sais pas quoi dire. » Thineb la regardait, guettant sa réaction sans doute. Dans son regard on y lisait à la fois de l'amour et de la tristesse.
Cette nouvelle lui fit l’effet d’une lame acérée pénétrant son cœur et s’y enfonçant lentement. Sous le coup de la douleur, elle saisit une nouvelle fois Fëamaika et la serra de toute ses forces. Son amie, partie, pourquoi ? Que s'était-il passé ? Est-ce que son absence à elle en était la cause ? Elle eut la sensation bien trop familière qu'un gouffre s'ouvrait à nouveau sous ses pieds. L'équilibre qu'elle venait enfin de trouver était rompu, l'harmonie dissipée. Elle sentait également dans sa main crispée une pulsation, aussi rapide que celle de son cœur. Elle était groggy, comme si elle avait pris un coup sur la tête. Elle vit Thineb lui dire quelque chose mais sans l'entendre. Elle parcourut la salle des yeux. Tous ces gens qu'elle avait aidé, pourquoi ? Elle avait chaud à la main, pourquoi ? Le temps sembla ralentir. Quelqu'un lui saisit l'autre main et la pressa fortement.
« Héliodore, tu vas bien ? »
La question inquiète du capitaine franchit cette fois la barrière qu'elle avait inconsciemment érigée, la ramenant dans l'instant présent.
- Non ! Pas bien du tout. Pourquoi, Thineb ? Pourquoi ? » Elle pressentait que seul ce contact physique lui permettrait de garder pied. Après avoir poussé un soupir, il lui raconta alors ce qu'il avait jusqu'à présent passé sous silence. N'omettant aucun détail.

A la fin de son récit, elle ferma les yeux et prit une grande inspiration. L'étau qui avait commencé à lui enserrer le cœur stoppa son mouvement, mais ne relâcha pas son étreinte. Gardant les yeux fermés elle déclara : « Il n'est maintenant plus indispensable que je revienne.
- Pourquoi dis-tu cela ? Les Dragons ont besoin de toi ! Thineb était outré. Elle rouvrit les yeux.
- Vraiment ? Bien que je me sois mise à l'écart je sais qu'il ne reste plus grand monde d'actif. Cette guerre nous use bien plus que l'on ne l'imaginait. Je suis fatiguée. Je préfère quitter la confrérie moi aussi pendant que j'en ai encore la force, sinon je risque de disparaître subitement comme mes anciens compagnons. » Le sourire dont elle le gratifia fit un frisson dans le dos du capitaine. Il relâcha la main de la ménestrel. L'issue de sa mission était plus qu'incertaine.
- Je ne peux rentrer et me présenter devant Fleurien sans toi. J'ai pour mission de te ramener. Il doit y avoir un moyen de te convaincre, dit Thineb avec conviction en serrant le poing. Il tentait désespérément de trouver une solution.
- En es-tu bien sûr ? » Héliodore prit entre ses mains le poing du capitaine, laissant apparaître son pendentif. Il n'eut pas le loisir de le détailler car elle reprenait : « Que t'a-t-elle dit exactement ? » Il rechercha dans sa mémoire les dernières paroles de l'elfe lors de leur séparation en Lothlòrien.
- Elle m'a répété que je devais te retrouver et t'assister dans cette épreuve. Il fronça les sourcils, visiblement troublé.
- Et c'est ce que tu es parfaitement en train de faire. Je connais suffisamment leur façon de penser pour pouvoir t'affirmer que c'est bien là ta mission. La ménestrel sentit que la pression dans sa poitrine diminuait peu à peu.
- Mais, vas-tu revenir ? demanda-t-il lentement. Il restait plongé dans une intense réflexion.
- Je ne le pense pas. » Le silence qui se fit entre eux ensuite dura de longues minutes. Elle observa attentivement le visage fermé du capitaine. Un fol espoir naquit en elle. Avait-elle vu juste ?
Il poussa finalement un soupir, libéra doucement son poing se mettant à chercher sa pipe et sa blague de tabac dans sa veste. Tout en bourrant sa bouffarde il déclara : « Je ne pensais pas avoir un jour à prendre une décision pareille. Il existe des combats qui sont perdu d'avance, quoi que l'on fasse. En revenir vivant est bien la seule victoire. » Il l'alluma et après en avoir tiré une bouffée il reprit : « Je vais suivre une nouvelle fois le conseil qu'une personne avisée m'a donné récemment. Il m'a permis de te retrouver. Il lui fit un sourire. Je reste avec toi. Mais sans confrérie, ce sera encore plus dur qu'avant ! La sermonna-t-il.
- Oui, je le sais. Mais si tu es là, et que je peux compter sur les autres, ça sera plus supportable, concéda la ménestrel avec soulagement.
- Encore faut-il qu'ils acceptent. Certains se sont engagés, comme tu l'as fait, dans des quêtes solitaires. Verront-ils les choses du même œil que toi ? Thineb restait dubitatif.
- Ils ont aussi leurs problèmes à régler. Mais ils savent qu'ils peuvent toujours revenir au terrier en cas de besoin. C'est un accord tacite entre nous. Si je leur demande, ils nous suivront. La simplicité de la réponse de la petite hobbit était désarmante.
- Hum ! Un peu comme une confrérie. Il prit une nouvelle bouffée. Mais ça ne tiendra qu'un temps, on ferra quoi ensuite ?
- Ah, ça ! C'est une autre histoire. Le regard d'Héliodore rencontra celui de Thineb, un léger sourire aux lèvres de la ménestrel.

Le lendemain, ils quittèrent ensemble les lieux en direction de Neigebrone, laissant la preuve de ce passé derrière eux.

[HRP]
Dernière tranche de vie d'Héliodore, je vais voir ce qu'il se passe un peu ailleurs. En tout cas, mon passage chez les Dragon m'aura permis de découvrir et apprécier l'écriture. J'espère que vous aurez apprécié également de les lire. La suite (il y aura une suite ?) sera probablement sur un autre forum/blog, ce n'est pas encore décidé. A Bientôt sur le SDAO.
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